Complémentaire santé collective : les attentes ont-elles changé ?

Le 1er janvier 2016, la complémentaire santé collective devenait obligatoire pour tous les salariés. Cela a-t-il modifié les comportements et les attentes ? Une analyse s’impose.

En négociant l’accord national (ANI) de 2013, l’objectif des syndicats était clair : améliorer l’accès aux soins en rendant la complémentaire santé collective obligatoire pour l’ensemble des salariés du secteur privé.

Deux ans après l’entrée en vigueur de cette obligation, on commence à mesurer les changements qu’elle a entraînés. Et un premier constat s’impose :

Selon une étude de la Drees publiée en janvier 2018, 97 % des salariés du privé étaient déjà couverts par une complémentaire santé en 2014, avant l’obligation légale. À l’époque, 70 % d’entre eux bénéficiaient même déjà d’un contrat collectif. L’ANI n’a donc pas changé grand-chose en termes de couverture… Elle a par contre totalement bouleversé le paysage de la protection sociale.

Certes, l’entreprise est, en toute logique, désormais au centre du jeu. Le baromètre CTIP 2017 réalisé par le Crédoc montre que 86 % d’entre elles proposent maintenant un contrat collectif en santé à leurs salariés contre 56 % en 2013. Mais le nombre de salariés couverts est loin d’avoir suivi la même courbe : il est passé sur la même période de 60 à 69 %, un phénomène lié au doublement du nombre de dispenses. Notons au passage que 7 % des entreprises avouent ne toujours pas répondre à l’obligation légale, principalement pour des questions de temps et de coût.

Une complémentaire santé qui apporte un plus

La crainte de voir les employeurs s’aligner sur le panier de soins minimum était infondée. Si 58 % d’entre eux annonçaient en 2015 vouloir le faire, leur proportion est restée tout à fait stable (37 %). Et beaucoup ont été bien plus loin. En mettant en place le régime collectif, Frédéric Blanc, qui anime en Haute-Savoie et dans l’Ain le cabinet Blanc Expertise comptable et le cabinet de commissariat aux comptes Blanc & Neveu (une centaine de salariés au total), a souhaité instaurer une complémentaire santé qui apporte un plus. “Les gens étaient déjà couverts individuellement et je ne voulais pas qu’ils soient moins bien assurés qu’avant. J’ai donc veillé à leur proposer de bonnes couvertures en optique et en dentaire, ainsi que pour leurs enfants, en restant évidemment dans le cadre des contrats responsables.” Dans cet esprit, il a d’ailleurs porté la prise en charge employeur à 95 % de la cotisation, bien au-delà des 50 % légaux.

Des garanties optionnelles : oui ou non ?

Si l’on a constaté un basculement des contrats individuels vers le marché collectif, on a également assisté à un fort développement des garanties optionnelles. Entre 2015 et 2017, leur part est en effet passée de 47 à 60 %, ces options étant à la charge exclusive du salarié dans deux tiers des cas. Frédéric Blanc a d’ailleurs assorti ses garanties de quelques options : “Assez peu, car le socle de base était déjà large”, avoue-t-il.

Chez Efinor, un groupe d’origine normande de 600 personnes spécialisé dans la métallurgie, l’approche a été inverse. “Nous avons fait le choix d’aller au-delà du panier de soins minimum, sans option et avec une cotisation unique couvrant le personnel et l’ensemble de sa famille. C’est une volonté de la direction”, explique la responsable des ressources humaines, Céline Lemyre.

Priorité à l’écoute

Quelle que soit l’approche retenue, la prise en compte des attentes des bénéficiaires est un aspect important, d’autant plus que la loi rend les régimes collectifs obligatoires pour les salariés. C’est d’ailleurs ce que ces derniers, selon le baromètre CTIP, critiquent volontiers. “Les différentes filiales du groupe nous remontent régulièrement les demandes du personnel en matière de couverture santé, indique Céline Lemyre. Elles peuvent aussi être exprimées lors des réunions avec les instances représentatives ou tout autre moment d’échange avec les salariés. L’objectif est de répondre aux mieux aux besoins de nos collaborateurs.” Pour sa part, Frédéric Blanc s’est surtout fondé sur des tours de table au comité d’entreprise : “Nous avons beaucoup travaillé en amont, ce qui nous a aussi amenés à faire des présentations sur les différents sites et des entretiens individuels.” Dans tous les cas, l’écoute apparaît fondamentale.

Optique et dentaire !

Pas sûr d’ailleurs que les attentes des salariés en matière de garanties aient vraiment changé. Selon nos deux interlocuteurs, l’optique et le dentaire ressortent en priorité… Logique puisqu’il s’agit de soins ou d’équipements coûteux très mal remboursés par la Sécurité sociale. Mais d’autres thèmes émergent : “Nous avons eu des demandes sur les médecines alternatives que nous avons pris en compte”, remarque Céline Lemyre.

Au-delà des garanties, c’est en effet sur le terrain des services et de la prévention que les salariés attendent leur organisme assureur. “Ils souhaitent qu’il soit réactif pour l’édition des cartes et pour les remboursements. Ils veulent aussi de la proximité”, confirme la responsable des ressources humaines. Qu’il s’agisse d’une mise en place du régime ou d’une mise en conformité, cette proximité vaut aussi pour l’employeur : “Harmonie Mutuelle nous a apporté du confort et de la méthode dans la prise en compte de ces problématiques”, précise Frédéric Blanc.

La bonne affaire

Globalement, selon le baromètre CTIP, seuls 18 % des salariés ont réagi négativement au changement ou à la mise en place de la complémentaire santé dans leur entreprise. Il est vrai, qu’au-delà des "petites" contraintes qu’ils peuvent créer, les contrats collectifs cumulent de sérieuses vertus et que les salariés ont plutôt fait une bonne affaire. Des offres moins chères, une prise en charge au moins pour moitié par l’employeur et des garanties souvent plus complètes. L’objectif initial n’est sans doute pas atteint, mais l’avancée sociale est manifeste…

Ajoutez votre commentaire


(Ne sera ni diffusé ni publié)
(facultatif)
En déposant votre commentaire, vous acceptez la charte éditoriale de ce blog.