Feuille de route ministérielle : quelle santé demain ?


Cet été, la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a remis sa feuille de route au Premier ministre. Les pièces du puzzle commencent désormais à se mettre en place. Dossier.

En présentant les éléments de sa stratégie en septembre, Agnès Buzyn a insisté sur la forte inflexion que le gouvernement entend donner à la politique de santé. “L’objectif est de développer une vision de moyen et long terme, afin de redonner de l’impulsion et du souffle à nos politiques de santé”, précisait la ministre lors de sa conférence de presse. Pour ce faire, elle a largement balisé le terrain : une feuille de route, une grande concertation avant la fin de l’année 2017 et des décisions rapides…

Quatre priorités

Avec quatre grands axes prioritaires pour encadrer cette feuille de route.
Le premier vise la prévention. La ministre souhaite faire évoluer les mentalités françaises, encore un peu rétives sur le sujet, et prendre un “grand virage préventif”. Dans la ligne de mire, l’alimentation, l’alcool et le tabagisme. Sur ce même volet, la ministre souhaite également promouvoir la santé dès l’enfance. C’est dans ce cadre qu’elle prévoit d’étendre le nombre de vaccins obligatoires – onze au lieu de trois – dès 2018.
La deuxième priorité touche à l’accès aux soins. Il s’agit sur ce plan de lutter contre les inégalités sociales et territoriales et de combler les déserts médicaux. Un plan spécifique a d’ailleurs été présenté le 13 octobre pour s’attaquer au problème.
La troisième priorité concerne la pertinence et la qualité des soins. Il s’agit ici principalement de travailler sur les organisations et les pratiques, et surtout d’encourager la médecine ambulatoire. Le modèle hospitalier qui prévaut aujourd’hui en France est en effet à la fois facteur de coût et d’engorgement.
Dernier axe, enfin, le numérique avec le développement de nouvelles pratiques comme la télémédecine ou la médecine prédictive.

Tiers payant… généralisable

Au-delà de ces priorités, plusieurs éléments importants de la politique du président de la République commencent également à émerger. Interrogée récemment sur une radio nationale, Agnès Buzyn a ainsi précisé que le tiers payant ne serait pas généralisé en novembre comme cela était prévu. Sans apporter de précision sur le calendrier, elle a indiqué souhaiter mettre en place un système gagnant/gagnant avec les professionnels de santé sans que ceux-ci n’y voient une contrainte. Si le tiers payant est une avancée souhaitable pour les patients, il devrait donc être plus généralisable que généralisé et résulter d’une large concertation.

Vers une réforme des complémentaires ?

L’autre chantier important touche aux complémentaires santé. Lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait avancé plusieurs idées. En premier lieu, la définition de contrats types afin de faciliter la comparaison entre les différents prestataires. Agnès Buzyn n’a encore rien dit de la méthode sur le sujet, mais on peut s’attendre à une nouvelle réforme. Le président de la République avait également défendu l’idée du zéro reste à charge en dentaire, optique et auditif, trois domaines dans lesquels les soins et les appareils coûtent cher tout en étant relativement mal remboursés. Dans ce domaine, l’objectif est d’y aboutir à l’horizon 2022 – la fin du quinquennat – à la suite là aussi d’une concertation avec tous les acteurs. Techniquement, cela implique quand même de fixer un certain nombre de règles et de paramètres : définition d’un panier de soins, de tarifs opposables, de plafonds et surtout de la répartition de la prise en charge entre Sécurité sociale et complémentaires. La note de 4 milliards d’euros – le montant actuel des restes à charge – est en effet loin d’être anecdotique. C’est manifestement par l’optique que le ministère souhaite aborder les choses, avant de s’occuper du dentaire.

Les dépassements d’honoraires dans le collimateur

Toujours en matière de remboursements, le gouvernement souhaite également s’attaquer au vieux problème des dépassements d’honoraires, avec une nouvelle fois priorité donnée à la négociation. Les contrats santé responsables devraient rester au cœur du dispositif en bonifiant les remboursements des praticiens qui modèrent leurs tarifs. Ce sont les tarifs des cliniques privées qui sont aujourd’hui prioritairement sur la sellette. Dans tous ces domaines, l’objectif final est bien sûr de réduire au maximum le renoncement aux soins.

Sécurité sociale : bientôt l’équilibre

Outre la feuille de route, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2018 présenté fin septembre donne également quelques indications intéressantes sur la façon dont le gouvernement aborde concrètement les chantiers. Le PLFSS annonce en effet un retour définitif à l’équilibre des comptes de la Sécurité sociale en 2020, le déficit devant être ramené à moins de 1 milliard d’euros (800 millions exactement) en 2018. L’an prochain, 4,2 milliards d’euros d’économies sont en effet attendus, dont 1,2 milliard en ce qui concerne le fonctionnement des établissements de santé et 1,5 milliard sur les médicaments. Selon le ministère, les réformes de l’assurance-chômage et du marché du travail doivent contribuer à booster l’emploi et favoriser ce retour à l’équilibre par l’accroissement des cotisations perçues. Le PLFSS annonce également la revalorisation du forfait hospitalier (qui passe de 18 à 20 euros par jour) et du minimum vieillesse (augmenté de 30 euros / mois au 1er avril), ainsi que des efforts spécifiques pour les personnes âgées (hausse des aides aux Ehpad, ouverture de nouvelles places d’hébergement, création d’équipes Alzheimer…) et pour les gardes d’enfants (aides pour les familles isolées ou monoparentales). Le PLFSS acte enfin la suppression du RSI et le transfert de ses prérogatives à l’Urssaf à l’horizon 2020, sans que cela ne change rien au niveau des cotisations dues par les indépendants.

S’il est bien évidemment trop tôt pour juger de la pertinence de ces mesures, il apparaît clairement que le gouvernement aborde les questions de santé avec un regard neuf. Comme l’indiquait la ministre lors de sa conférence de presse de septembre : “Il faut faire de la santé un objectif de toutes nos politiques qu’elles soient éducatives, environnementales, agricoles, sportives ou judiciaires”. Affaire à suivre…
 

 

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