Santé et bien-être au travail : la prise de conscience des entreprises

L’entreprise, et c’est une profonde évolution sociétale, est désormais considérée comme un acteur central de la santé de ses salariés. Elle doit désormais s’adapter à ces nouvelles attentes. Témoignages.

  • Préparer le corps à l’effort
  • Sommeil et alimentation
  • Un élément de cohésion
  • La qualité de vie au travail : une tendance forte
  • Investissement
  • Identifier et accompagner


C’est l’un des enseignements majeurs de l’observatoire Entreprise et santé Viavoice-Harmonie Mutuelle 2017 : la santé est désormais considérée comme un enjeu prioritaire dans les entreprises. Ainsi, 85 % des dirigeants interrogés déclarent mener des actions liées à la santé dans leur entreprise… Un chiffre en hausse de 17 points depuis 2015 !

Les dirigeants semblent surtout avoir désormais intégré le fait que des équipes en bonne santé sont aussi un gage de performance. Ils sont ainsi 76 % à considérer que leurs actions dans ce domaine peuvent avoir un impact sur la situation économique de leur entreprise. De même, on comprend aujourd’hui que ces actions sont aussi des éléments de fidélisation (pour 78 %, + 7 points par rapport à 2014), propres à améliorer l’ambiance de travail (pour 82 %, + 6 points par rapport à 2014). Le coup de projecteur porté par l’Accord national interprofessionnel de 2013 qui a notamment instauré la complémentaire santé obligatoire pour tous les salariés du privé a également été déterminant.

Préparer le corps à l’effort

Certes, les grandes structures ont commencé à se mobiliser sur ces problématiques il y a déjà un certain temps. Ainsi, Thyssenkrupp Presta France, un équipementier automobile qui compte trois usines et 900 salariés en Moselle s’est penché dès 2006 sur l’ergonomie de ses 220 postes de travail avant de tester et de déployer en 2009 un programme musculaire : échauffement en début de poste à 6 h 00, étirements pour les équipes de 14 h 00 et de 22 h 00. “Il s’agit de préserver le capital santé en préparant le corps à l’effort. Ce n’est pas de la gym comme à la télé : l’approche est ciblée selon les postes, on ne travaille que sur les muscles qui en ont besoin”, explique Laurent Hannewald, coordinateur HSCT. Avec comme idée sous-jacente d’améliorer la récupération physique et d’éviter douleurs et tensions.

Sommeil et alimentation

Si la prévention des TMS reste un aspect essentiel et récurrent en matière de prévention, le spectre s’est aujourd’hui largement élargi. Quitte à aborder des aspects qui peuvent sembler plus liés à la vie privée. Chez Trioplast, une PME d’une centaine de personnes qui fabrique des films plastiques pour l’agriculture en Maine-et-Loire, c’est l’enquête annuelle réalisée auprès des salariés qui a permis d’identifier des attentes liées au sommeil et à l’alimentation. “En juin dernier, nous avons organisé des ateliers animés par des spécialistes, indique le responsable QSE, Vincent Mottier. Cinq demi-journées au total pour que toutes les équipes puissent en profiter. Les salariés avaient été répartis en groupes de trois personnes et ont passé 45 minutes sur chaque atelier.”

Un élément de cohésion

Au-delà de sa fonction première, la prévention peut aussi devenir un outil d’animation interne. C’est en tout cas ce que suggère l’approche de SEA Vernon, fabricant de peintures et de colles qui emploie un peu plus de cinquante personnes dans l’Eure. Le principe de la Journée Sécurité y a été introduit en 2016 : “C’est apparu comme une sorte de récompense, un investissement pour les salariés après un an sans accident”, explique Fabien Luvini, responsable Qualité-Sécurité-Environnement.
Pour renforcer le côté événementiel, seule la date a été communiquée, pas les thèmes que les salariés ont découverts le jour même. “En 2016, nous avons proposé un atelier cocktails sans alcool qui intégrait aussi des éléments sur la nutrition et l’équilibre alimentaire. Ce sont des aspects importants pour nous car nous n’avons pas de restauration intégrée. En 2017, c’étaient des ateliers d’échauffement musculaire”, souligne Fabien Luvini. Ce jour-là, toute l’usine, production, magasin, services administratifs, laboratoire, s’arrête. “Tout le monde est mélangé en petits groupes. Les gens se rencontrent dans un autre cadre, précise Fabien Luvini. Il y a même beaucoup de photos de prises qui sont ensuite affichées !” Quand prévention rime avec cohésion…

La qualité de vie au travail : tendance forte

Le plan santé au travail 2016-2020 positionne la qualité de vie au cœur du dialogue social et de la stratégie de l’entreprise en donnant la priorité au développement d’une culture de prévention. La qualité de vie et le bien-être au travail sont des notions sans définition consensuelle et pourtant liées. Alors que la notion de bien-être au travail fait référence  à la perception individuelle du travail (situations, contraintes, ressentis), la qualité de vie au travail est considérée “comme un sentiment de bien-être au travail perçu collectivement et individuellement qui englobe l’ambiance, la culture de l’entreprise, l’intérêt du travail, les conditions de travail, le sentiment d’implication, le degré d’autonomie et de responsabilisation, l’égalité, un droit à l’erreur accordé à chacun, une reconnaissance et une valorisation du travail effectué.” (ANI)

Thyssenkrupp décline ainsi son approche sur plusieurs volets : possibilité de se faire adresser des colis dans l’entreprise, accès à un catalogue de goodies… “Depuis septembre, nous proposons des cours de gymnastique douce, indique Pascal Ramon, chargé de mission RH. Il s’agit de gymnastique de Gasquet, de tai-chi, de qi gong, de renforcement musculaire ou de sophrologie. Cela répond à une demande formulée par un sondage anonyme.”
Mais ce type de proposition semble mieux fonctionner dans un environnement tertiaire que dans l’industrie : “Ceux qui viennent ne sont sans doute pas ceux qui en ont le plus besoin”, déplore Pascal Ramon. Il reste à trouver la bonne formule pour élargir la fréquentation et mixer les populations. “Nous réfléchissons à des séances à la demande par équipe”, confie-t-il.

Un investissement nécessaire

Car au-delà des bonnes volontés, la mayonnaise ne prend pas forcément. Laurent Hannewald se souvient que l’échauffement a été accueilli avec circonspection par les salariés : “La direction s’est investie. Le P-DG et les membres du Codir sont venus le matin montrer l’exemple”.
Chez Trioplast, des intérimaires ont été spécialement recrutés pour remplacer les équipes invitées à participer aux ateliers sur leur temps de travail. L’accueil des salariés a été enthousiaste mais les enquêtes réalisées depuis montrent un impact assez mesuré. “Nous allons continuer de travailler sur l’alimentation et le sommeil en 2018”, confirme Vincent Mottier qui ne désarme pas.
De son côté, Fabien Luvini confirme que le principe des Journées Sécurité devrait être pérennisé chez SEA Vernon. “Les retours sont excellents, se réjouit-il, tant parmi les salariés qu’auprès du CHSCT qui a été associé au choix des ateliers. Reste le problème du coût car entre les intervenants, la production arrêtée une journée, la restauration, c’est un très gros investissement. Mais cela montre aussi que la sécurité et la santé sont des aspects très importants.”

Identifier et accompagner

Il reste que si beaucoup d’entreprises se laissent aujourd’hui séduire par le principe de journées de prévention, peu savent comment aborder les choses. “Nous en avions discuté en CHSCT en évoquant la Carsat ou la médecine du travail. C’est en fait notre responsable RH qui a suggéré de se rapprocher d’Harmonie Mutuelle”, se souvient Vincent Mottier. Avec ses modules de formation, e-learning, ateliers, conférences, webinaires sur la prévention des risques, la gestion du capital santé et la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle, l’offre La santé gagne l’entreprise lancée par Harmonie Mutuelle en 2016 peut en effet parfaitement répondre à ce genre de projet. “Il y a un gros catalogue, confirme Fabien Luvini. Nos interlocuteurs l’ont évoqué lors de notre rencontre pour renouveler le contrat. Ils ont proposé des solutions qui répondaient bien à ce que nous souhaitions.” Identifier, accompagner, sont les maîtres mots, pour ensuite mettre en place les actions adaptées… Et entrer dans un cercle vertueux.

 

Ajoutez votre commentaire


(Ne sera ni diffusé ni publié)
(facultatif)
En déposant votre commentaire, vous acceptez la charte éditoriale de ce blog.